Nouvelle identité Coca-Cola : pourquoi tout le monde y voit un paquet de MarlboroActualitéNouvelle identité Coca-Cola : pourquoi tout le monde y voit un paquet de Marlboro

Nouvelle identité Coca-Cola : pourquoi tout le monde y voit un paquet de Marlboro

Le 20 juillet 2026, Coca-Cola a dévoilé un système visuel unifié pour plus de 200 marchés. Le logo ne bouge pas d’un millimètre. Et pourtant, en vingt-quatre heures, les réseaux n’ont retenu qu’une chose : la nouvelle typographie ressemble à un paquet de cigarettes.

7 min de lecture

Spécimen de la nouvelle typographie Coca-Cola : lettrage blanc en serif compressée sur fond rouge et anatomie de la lettre A annotée
Source : © The Coca-Cola Company.

En bref

  • Coca-Cola n’a pas changé de logo. La marque amplifie ses actifs existants (rouge et blanc, ruban dynamique de 1969, Arden Square, script Spencerian) et les déploie dans un système unique sur plus de 200 marchés. Identité globale signée JKR, packaging avec The Superultrarare, caractère propriétaire avec Brody Associates.
  • Le point de friction est ailleurs : une nouvelle serif compressée, que des designers et des internautes ont immédiatement comparée à la typographie de Marlboro. La comparaison est devenue le sujet, au point d’éclipser le reste du travail.
  • La vraie nouveauté est invisible sur les canettes : un Brand Center et des outils de gouvernance développés avec Adobe, entraînés sur les archives de la marque, pour que 200 marchés exécutent la même identité. C’est ça, la leçon pour votre marque.

Un rebranding de Coca-Cola, c’est rare, et ça se regarde. Le 20 juillet 2026, la marque a présenté un système visuel refondu, déployé sur plus de 200 marchés. Pas de nouveau logo, pas de rupture : une remise en ordre. Vingt-quatre heures plus tard, le débat ne portait plus du tout sur ça. Il portait sur une serif, et sur un paquet de cigarettes. On vous explique ce qui a réellement changé, pourquoi la comparaison avec Marlboro n’est pas qu’une blague d’internet, et ce que ce chantier dit du métier en 2026.

Ce qui change vraiment (et ce qui ne bouge pas)

Commençons par tuer le malentendu : le logo Coca-Cola n’a pas été redessiné. Le script Spencerian, dessiné en 1886, est intact. Le rouge et blanc aussi. Le principe affiché par la marque est même explicitement conservateur : rendre chaque exécution plus Coca-Cola, pas différente.

Ce qui bouge, c’est la mise en scène de ces actifs :

  • Sur les canettes, le lettrage pivote et court le long du corps de la boîte au lieu d’en faire le tour. Sur une canette debout, le mot se lit à la verticale.
  • Le Dynamic Ribbon, ce ruban blanc introduit en 1969 et inspiré du galbe de la bouteille contour, ne se contente plus d’un filet : il prend des panneaux entiers sur les multipacks.
  • Coca-Cola Zero Sugar reprend la même logique avec un ruban noir, un lettrage agrandi et un bouchon noir sur les bouteilles PET.

Côté équipes : identité globale avec JKR, système de packaging avec The Superultrarare, caractère propriétaire avec Brody Associates, photographie confiée à Guy Aroch, Anna Palma et Martin Wonnacott. Arnab Roy, président de la catégorie mondiale Coca-Cola, résume l’intention : être plus clair et plus cohérent dans la façon dont la marque apparaît.

Deux canettes Coca-Cola couchées sur fond rouge, dont une Zero Sugar, avec le lettrage qui court le long du corps de la canette
Le lettrage ne fait plus le tour de la canette : il court le long du corps. Debout, il se lit à la verticale. Source : © The Coca-Cola Company.

La serif qui a mis le feu aux réseaux

Le vrai geste graphique du chantier, c’est le caractère de titrage : une serif compressée, dessinée avec Brody Associates. Le spécimen publié par la marque en détaille l’anatomie : empattements robustes, terminaisons arrondies, contraste moyen, et une famille déclinée en Regular, Medium et Compressed. Coca-Cola ne lui a pas donné de nom dans son communiqué.

Sur le papier, le choix se défend. Une serif condensée fait gagner de la place sur un packaging saturé de mentions légales, elle apporte une chaleur rétro cohérente avec l’archive de la marque, et elle tient à toutes les tailles. Ce n’est d’ailleurs pas leur première typographie maison : Brody Associates avait déjà dessiné une sans serif propriétaire pour le groupe en 2018.

Sauf qu’une serif condensée, blanche, sur un aplat, associée à un blason en haut et à un chevron, ça évoque autre chose. Et internet ne s’est pas gêné.

Rayon de supermarché rempli de packs Coca-Cola rouges, avec le ruban blanc en grand format et la mention delicious and refreshing en serif
En rayon, le ruban devient le motif principal et la nouvelle serif porte les mentions. C’est là que le système se joue vraiment. Source : © The Coca-Cola Company.

Marlboro : la comparaison qui a tout emporté

En quelques heures, la comparaison est partout. Sur X : « Hey Coke. That’s the Marlboro cigarette font… and look. » Des internautes collent le film de marque de quatre-vingt-dix secondes à côté d’un paquet de Marlboro Gold : même blanc crémeux, même lettrage condensé, même chevron. Gizmodo y consacre un article entier, sous un titre sans ambiguïté : l’identité de Coca-Cola est dangereusement proche de la marque la plus toxique du monde.

Soyons précis, parce que la nuance compte quand on juge un travail de typographie. Le designer Andreas Storm, qui a posté l’une des comparaisons les plus vues, a lui-même publié une correction : techniquement, ce n’est pas la police de Marlboro. Les dessins diffèrent. Mais il ajoute que les similitudes sont indéniables. Et c’est exactement le problème : en identité de marque, ce n’est pas la vérité vectorielle qui décide, c’est ce que le public voit en une demi-seconde.

Il y a pire, et c’est ce qui rend l’affaire vraiment intéressante. Le surnom de « fridge cigarette » pour désigner une canette de Coca light circulait déjà sur TikTok bien avant cette annonce : une génération qui remplace la pause clope par une canette froide, avec le même rituel et le même petit shoot. Autrement dit, l’association entre le soda et la cigarette existait avant la nouvelle typographie. Le rebranding n’a pas créé la blague. Il lui a donné une image.

Le piège

Un caractère ne se juge jamais seul, il se juge dans son contexte de catégorie. Avant de valider une typographie pour un client, posez-la à côté des marques que son public croise dans le même rayon, la même rue, le même feed. Si un concurrent, ou pire une catégorie que le client ne veut surtout pas évoquer, occupe déjà ce territoire visuel, le dessin a beau être irréprochable, l’association gagnera toujours.

La vraie nouveauté ne se voit pas sur la canette

Pendant que tout le monde comparait des empattements, Coca-Cola annonçait la partie la plus structurante du chantier, et personne n’en a parlé : un Brand Center immersif développé avec Forpeople et Monks, et une suite d’outils de gouvernance construite avec Adobe, entraînée sur les archives de la marque, pour garantir la cohérence des exécutions sur plus de 200 marchés.

Traduction : le sujet n’est pas « à quoi ressemble Coca-Cola », c’est « comment faire pour que des milliers de personnes qui n’ont jamais parlé au studio produisent quand même du Coca-Cola ». Une identité déployée à cette échelle n’est plus un livrable, c’est une infrastructure. Et une identité pensée pour être exécutée en partie par des machines doit être plus simple, plus systématique, plus documentée qu’une identité pensée pour être exécutée par un directeur artistique.

C’est un basculement qui vous concerne, même avec des clients cent fois plus petits. Rapha Abreu, vice-président monde du design, parle d’un symbole universel d’optimisme depuis plus d’un siècle. La question posée en coulisses est beaucoup plus prosaïque : comment on protège ce symbole quand il est reproduit des millions de fois par des gens qui n’ont pas la charte sous les yeux.

A lire aussi
Moderniser son logo sans perdre son identité : la méthode

Ce que vous pouvez en retirer

Quatre choses à emporter de ce cas, quelle que soit la taille de vos clients :

  1. Ne pas toucher au logo est souvent la bonne décision. Coca-Cola a plus de valeur de marque à protéger qu’à démontrer. Le courage, ici, c’était de résister à l’envie de redessiner pour justifier le budget.
  2. Le test de catégorie n’est pas optionnel. Une typographie validée en isolé, sans mise en concurrence visuelle, c’est une prise de risque non mesurée. Ce test coûte une demi-journée.
  3. Une marque forte hérite du contexte culturel, qu’elle le veuille ou non. La blague de la cigarette du frigo préexistait. Un rebranding ne s’écrit jamais sur une page blanche : il atterrit dans une conversation déjà en cours.
  4. Le vrai livrable, c’est le système. Ce qui tient une marque à l’échelle, ce n’est pas le logo, c’est ce qui permet de le déployer sans le trahir. Charte, tokens, gabarits, gouvernance. Peu glamour, décisif.

FAQ

Coca-Cola a-t-il changé de logo en 2026 ?

Non. Le script Spencerian dessiné en 1886 n’a pas été redessiné. Coca-Cola a dévoilé le 20 juillet 2026 un système visuel unifié pour plus de 200 marchés, qui amplifie ses actifs existants : le rouge et blanc, le ruban dynamique de 1969, l’Arden Square et le script d’origine. Ce qui change, c’est leur mise en scène sur le packaging et une nouvelle typographie de titrage.

Qui a réalisé la nouvelle identité Coca-Cola ?

L’identité globale a été développée avec JKR, le système de packaging avec The Superultrarare et le caractère propriétaire avec Brody Associates. Le Brand Center a été conçu avec Forpeople et Monks, et les outils de gouvernance avec Adobe.

Pourquoi dit-on que la typo Coca-Cola ressemble à Marlboro ?

Parce que la nouvelle serif compressée, blanche sur aplat, rappelle le lettrage des paquets de Marlboro Gold. La comparaison est partie de X et de Threads, puis a été relayée par la presse. Le designer Andreas Storm a précisé qu’il ne s’agit techniquement pas de la même police, tout en reconnaissant des similitudes évidentes.

Qu’est-ce que ça change pour une petite marque ?

Deux réflexes à copier. D’abord tester une typographie dans son contexte de catégorie, à côté des marques que le public croise réellement, avant de la valider. Ensuite investir dans le système de déploiement (charte, gabarits, règles claires) autant que dans le logo lui-même : c’est lui qui tient la cohérence quand la marque est reproduite par d’autres que vous.


Le verdict

Le travail est propre. Le système est cohérent, le retour aux actifs distinctifs est sain, et la décision de ne pas toucher au logo est la bonne. Mais un rebranding ne se juge pas sur son intention, il se juge sur ce que les gens en font dans les quarante-huit heures. Et là, un chantier mondial mené par plusieurs des meilleurs studios de la planète s’est fait résumer à un paquet de cigarettes. Ce n’est pas un accident de communication, c’est un angle mort de méthode : le dessin a été validé pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il évoque dans une catégorie voisine que la marque passe des milliards à éviter. La leçon est gratuite pour nous tous. Une typographie n’existe jamais seule, elle existe à côté de quelque chose.

CréditsIdentité signée JKR pour Coca-Cola. Typographie Brody Associates · Packaging The Superultrarare




Pictogramme blanc en étoile à quatre branches sur fond rose fuchsia
Pouce levé dessiné au trait noir sur fond jaune fluo
Icône d'application violette avec trois pétales blancs superposés en transparence
Icône d'application bleu cyan avec une lettre P stylisée blanche
Pictogramme de logo noir géométrique sur fond vert vif, création Infographiks
Icône Zenibat, barres obliques blanches sur fond rouge vif

Une marque plus claire qui parle à votre cible.

Créons ensemble une identité claire, cohérente et mémorable.

  • Services
  • Outils
  • Blog